
ton dieu
ne plie pas
l’horizon
est fosse
il agrée
des mots pauvres
absence
unie
Écritures
ton dieu
ne plie pas
l’horizon
est fosse
il agrée
des mots pauvres
absence
unie
« les possibles – écarlate sans cadmium », aquarelle 21 x 33,5 cm.
Comment sais-tu que c’est une île, si tu n’en n’as pas fait le tour. Il disait cela,sa première phrase au matin alors que j’étais assis, lui debout, le soleil dans le dos, en face de moi. Il faudrait en faire le tour en une seule fois, ajoute-t-il. Je hasarde : sans rencontrer la nuit. Il hésite, il acquiesce. Il baisse la tête pour la relever et brièvement sourire. Il court, il ne peut que courir, tout de suite au-delà de la terrasse, buissons, le pli de l’herbe, le vallon. Quand il revient, je suis assis, je n’ai pas bougé, le soleil s’est élevé, des gouttes de sueur sur son front : les compter, ce serait savoir le nombre de ses années. Ses traits sont nets. Il raconte. Il y a encore une mare, une seule, la dernière. Elle sera bientôt flaque, de la taille d’un chien, d’une main. Il a encore vu le ciel à ses pieds, cerné par la terre sèche. Il dit, comment savoir si l’île est de terre ou de mer.
Photographie de Gracia Bejjani
Photographie de Françoise Durif
mot cygne lu
si souvent sans couleur
quand vu caché derrière
le mot la bête sur l’eau
sale sombre de douves
saupoudrées d’éponges
de mie de pain et veilles
poésies revenant en nausées
comme devant l’émail
des lavabos petits
pisse foutre spleen
à regarder les plinthes
sans pouvoir se
perdre aux corridors étroits
qu’il y ait des œuvres sans nombre, sans titre, sans matricule, sans tatouage, sans marque, sans gravure, sans impression, sans idée – offrande à la géométrie du temps et à sa rouille
Dents, ongles. La persistance, c’est pour la pensée soir quand tout est bas. Voilà ce que disaient ses mots. De dans la mémoire on était passé à en mémoire. Un basculement, ajoutait-elle, puis silence. Comment aurais-pu prendre son bras?
Photographie de Dominique Souse
– tu – me – laisses – pour mémoire –