Catégorie : Dual

dual #26

Photographie de Cristina Botta

– On joue au jeu de la réalité ?
– S’il y en a une seule ce n’est pas un jeu.
– Coupons-la alors en morceaux.
– Non. On la dédouble dans le sens de l’épaisseur.
– Elle sera trop mince.
– Il suffit de l’exposer en même temps au soleil à la pluie et elle redevient tapis chatoyant.
– Rajoutons des couleurs aussi.
– Et des plis et des secrets.
– Deux, c’est peu non?
– Tu as raison. On peut en faire d’autres. Des minuscules qui se cachent dans une poche. Des qui n’existent que les jours qui ont trois lettres. Et celles où deux devient nous.
– Et la règle ?
– Je te la dis.  Viens, oreille, près de ma langue.
– Toutes mes lèvres sont émues.
– Il ne manque que ton reflet. 

dual #25

Photographie de Maud Bernière

Avec toi, j’aimais la géométrie. Soient : l’amour, la géométrie, toi, moi. En guise de table de poker, la lumière. C’est le temps qui donnait les cartes, la couleur absente comme des rêves. Il y avait une ville, dehors, mais seulement la chambre pour nous.
On retombe : le présent, sans feuille, sans mousse. Les visages sont des arcanes. Il n’y a que des lignes à jouer, se sachant perdus.

dual #24

Photographie de Paolo Pittori

Rien ne s’accorde au rectangle. Seul, il restera ignoré par toutes les familles de courbes. La chambre est sans fond, sans couleur. Tout est centre pour l’attente et le regard. Il n’y aura pas d’étreinte tant que le temps sera là. Grain de la lumière et de la peau : nul horizon. Le doigt enjoint les lèvres de se serrer. Où serait la voix ?

dual #23

Photogaphie de Sterenn A’nne (sterenn_pi)

Tu pourrais être ligne, fleur, sœur au soleil de la mer. Tu es dedans, loin de la couleur. Ce n’est pas l’éventail mais la meurtrière. Ce qui ne manque pas ce sont les minutes : elles sont lourdes, elles lestent, elles sont sans fatigue. Toi seule pour dire leur forme. Tu te tends, tu t’avances, tu te déploies en trompant l’immobilité. Il n’y a point d’ornement : seul ton cœur.

dual #22

Linda Sorrenti https://lapidalagallina.it/ https://www.instagram.com/lapidalagallina_0.2/

la feuille est blanche
invisible en souvenir
le sol n’a pas d’ombre
ton œil est en grâce 

dual #21

Photographie de snapf21

Savoir être dans le lointain, le déjà. Le regard n’a plus à se soulever, à faire flèche, il s’abandonne à une paresse myope, il s’élargit. Les idées d’horizon et de mur sont inutiles, se perdent, et bien d’autres. L’imparfait s’est imposé, repoussant le récit. La pensée est étrangère, extérieure, brume. Le mot de voyage n’a pas été prononcé. Le tien est secret au silence.

dual #20

Photographie de Fanny Jacquet

Il aura fallu beaucoup de nuit pour arriver, s’astreindre à dire ici sans souci de murs, écarter le mot de secret et accueillir sans se redresser celui de trésor. Susciter est superflu, compter est dédié aux formes qui sont elles-mêmes nombre, la spirale est une idée qui pourrait presque suffire à dire tout l’espace, si ce n’était le rêve.

dual #19

Photographie de Nicolas Vermeulin

oui
tu es là

tu es plus ancien que le monde
que ce monde réduit

tu es
ce pas de plus

es-tu l’unique

étant donné
(ici une pause, son tiret)

où est le temps
percé

la couleur comme trésor
tu la tais

tout à l’ombre
dis-tu

ode en place

ce serait ton chiffre
si

le sang battant l’oreille

dual #18

Photographie de Paolo Pittori

ni heure ni ombre
l’image est à peine nue

(le noir aura victoire
draps en mer étale
paroles debout en murs)

instant sauvé du regard
hors de tout oubli

dual #17

Photogaphie de Sterenn A’nne (sterenn_pi)

la galet était roc
aux humeurs de l’eau
sera sable poussière
l’éclair nous regarde
nous ligne